Charlie Brooker : "J’espère que les gens voient la comédie en Black Mirror, sinon c’est juste glauque"

Le créateur de Black Mirror et sa collaboratrice Annabel Jones étaient à Lille hier, pour discuter de la série avec les fans de Séries Mania.

Il n’y avait plus un siège de libre, dans le cinéma UGC de Lille, hier. En même temps, ce n’est pas tous les jours que Charlie Brooker, le génial créateur de Black Mirror, vient discuter avec ses fans, en live ! Accompagné de sa collaboratrice Annabel Jones, productrice de la série depuis le début, ils ont d’abord évoqué leur rencontre puis sont revenus sur leur carrière, avant de raconter comment est née l’idée de faire cette anthologie dystopique.

Avec un sens de l’humour "so british" particulièrement affûté, Brooker explique : "J’étais critique de télévision au Guardian. Et de part mon travail, j’étais obligé de regarder des trucs pas possibles. Comme l’émission "Je suis une célébrité, Sortez-moi de là !" Et c’est ce genre d’émissions qui ont influencé Black Mirror par la suite. Quand je voyais les humiliations qui étaient montrées à l’antenne, je crois que ça m’a inspiré pour faire des épisodes comme "National Anthem" (le tout premier épisode de la série)."

Mais avant Black Mirror, Charlie Brooker et Annabel Jones ont développé Dead Set, l’histoire d’une télé réalité à la Big Brother, croisée avec une apocalypse zombie : "Les habitants de la maison étaient les seuls survivants ! C’était très drôle comme concept, mais on a fait ça de manière très directe, dans le genre horreur. Si vous n’avez pas vu cette série et qu’elle n’est pas dispo en France, vous n’avez qu’à la pirater sur le Net, je m’en fous !"

Blague à part, le scénariste confesse que Dead Set a été une sorte de "prototype à Black Mirror. Il y a pas mal de similarités entre les deux. Le même sens de l’humour noir, et cette idée qu’on embrassait totalement un genre, en allant au bout des choses."

Pour en revenir à l’anthologie, passée sur Netflix il y a trois ans, Charlie Brooker et Annabel Jones assurent que "l’idée n’est pas de choquer, mais de faire impression. On a toujours cherché à trouver une voix qui nous soit propre, poser notre marque, pour que Black Mirror fasse de l’effet, mais pas forcément en choquant. Par exemple, l’épisode "Be right Back", avec Hayley Atwell, parle du deuil. Surtout du deuil. L’élément numérique, technologique, n’est pas l’essentiel. C’est un moyen pour montrer l’émotion d’un personnage qui souffre."

Quant à savoir si Black Mirror est une série politique, avec comme vaste ambition de faire bouger la société, Charlie Brooker temporise largement : "Je ne suis pas quelqu’un de très politique. Surtout en ce moment (avec le Brexit)... j’essaie plutôt d’éviter la politique !"

Finalement, Brooker et Jones assurent vouloir continuer la série encore longtemps. Pas de fin en vue pour Black Mirror donc : "Même si la réalité est parfois plus glauque que la fiction, la réalité ne va pas tuer notre série... parce qu’il y a toujours de nouveaux problèmes et de nouvelles idées. On se met tous les deux dans une pièce, on discute, on argumente et on sort une idée d’intrigue dramatique. Et puis j’espère que les gens voient aussi la comédie en Black Mirror, sinon, c’est juste glauque !"

Source : Première du 23/03/19 par Charles Martin


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